La reddition de l’Emir Abdelkader

La reddition d’Abd-El-Kader

                                               (23 décembre 1847)

En cette fin d’année 1847, l’émir, ses troupes et la deïra sont traqués et poursuivis sur la rive gauche de la Moulouya par les unités marocaines pendant que sur la rive droite la colonne Lamoricière attend le franchissement d’Abd El Kader.L’émir est en mesure d’opposer 2000 à 3000 hommes contre les unités marocaines. Il envisage de capturer un des fils de l’empereur pour négocier et monte une opération. Elle ne réussit pas car le secret a été livré aux Marocains.

La situation devient difficile pour l’émir d’autant qu’il affronte les troupes de l’empereur.

Le 21 décembre, la situation se dégrade :

- Les deux frères de l’émir, Sidi-Mustapha et Sidi-Saïd, demandent l’aman au Général de Lamoricière,

- Abd El Kader fait franchir la Moulouïa à la deïra et sacrifie pour la protéger la moitié de son infanterie et de ses cavaliers les plus braves.

Arrivés sur le sol algérien, l’émir et la deïra traversent la plaine de Taïfa jusqu’au Kiss où se trouve la frontière française et où cesse la poursuite des troupes marocaines d’Abd-er-Rhaman. Abd-El-Kader conseille à tous de se rendre aux Français pendant qu’il part avec un petit détachement vers le Sahara.

Lamoricière tient le terrain jusqu’au col de Kerbous. Là se tient le lieutenant Mohammed-bou-Khouïa et son détachement de spahis.

Le 22 décembre, à 2h00 du matin, il pleut à torrent. Lamoricière se met en route avec un gros détachement. A mi-parcours, les représentants de la deïra viennent présenter leur soumission. En même temps, des coups de feu claquent entre les spahis et la faible troupe de l’émir. Mais l’échange ne dure pas et les spahis tiennent bon.

Deux spahis arrivent au galop pour rendre compte au général de la tentative d’Abd-El-Kader de forcer le col. Peu après, c’est Mohammed-bou-Khouïa qui se présente devant Lamoricière avec deux cavaliers de l’émir. « Abd-El-Kader fait demander l’aman pour lui-même et pour son escorte ; en manière de lettre de créance, ses envoyés apportent l’empreinte de son cachet sur un morceau de papier mouillé par la pluie. Lamoricière les renvoie aussitôt avec la promesse d’aman et, comme gage de sa parole, il fait porter par Mohammed-bou-Khouïa son propre sabre à l’émir… »

A l’aube, le colonel Cousin de Montauban part avec six escadrons pour chercher la deïra «…autour de laquelle rôdent les Kabyles du voisinage… » et l’emmener au puits de Sidi-Bou-Djenane. Le colonel de Mac-Mahon s’y trouve avec un bataillon de zouaves et un bataillon du 9e de ligne.

Lamoricière y retrouve « … tous les chefs réguliers qui ont survécus au désastre du 21 décembre. Ils le supplient d’accorder deux jours de repos à la deïra encombrée de blessés, de vieillards, de femmes et d’enfants qui succombent de fatigue. Le général y consent et fait porter au colonel de Mac-Mahon l’ordre de prendre son bivouac, non plus à Sidi-bou-Djenane mais aux environs du campement arabe. On sait alors que la deïra comprend encore près de six cents tentes avec une population de cinq à six mille âmes… »

Mohammed-bou-Khouïa revient et restitue le sabre au général accompagné d’une lettre d’Abd-El-Kader. « … J’ai reçu le cachet et le sabre que tu m’as fait remettre comme signe que tu avais reçu le blanc-seing que je t’avais envoyé ; l’obscurité de la nuit m’avait empêché de t’écrire. Cette réponse de ta part m’a causé de la joie et du contentement. Cependant, je désire que tu m’envoies une parole française qui ne puisse être ni diminuée ni changée et qui me garantira que vous me ferez transporter soit à Alexandrie soit à Akka (Saint-Jean d’Acre) mais pas autre part… »

Lamoricière pense être en mesure de croire et d’accorder ce que demande Abd El Kader et lui répond en ce sens.

Le rendez-vous est fixé au 23 septembre et au marabout de Sidi-Brahim.

« Le 23 décembre 1847, suivi de quelques serviteurs, Abd-El-Kader traversait le Kiss pour suivre le même chemin qui l’avait conduit à la facile victoire du Kerkour. Arrivé sur le plateau de Sidi-Brahim, sur l’emplacement même du bivouac des chasseurs, au pied du seul palmier de la région, l’Emir s’arrêta cherchant inutilement du regard le général Lamoricière, « le seul chef, disait-il, auquel il consentait à remettre son épée » et, attendit fièrement l’arrivée des deux escadrons de chasseurs d’Afrique que le général avait envoyés pour le recevoir pendant qu’il présidait lui-même à l’internement de la Deïra. »

« Le général Lamoricière, qui voulait présider par lui-même à l’internement de la deïra, s’était porté, avec son infanterie, vers le Kis où se trouvait cette deïra, et avait laissé sa cavalerie sur le plateau de Sidi-Brahim. »

« En l’absence du général, le colonel de Montauban reçut l’Emir, qui passa sur le front des escadrons

Pourtant, ce matin là, « Accablé de tristesse mais plein de dignité, l’Emir passa devant le front des escadrons et se rendit lui et les siens au colonel Cousin de Montauban. » Abd El Kader est accompagné Mustapha-Ben-Tami, de Kadour-ben-Hallal ainsi que de quelques autres chefs fidèles et du lieutenant Mohammed-bou-Khouïa.

L’émir demande au colonel de pouvoir faire la 4e prière de la journée (El Asr) au marabout. Cousin de Montauban l’autorise sans difficulté.

Dirigé sur Nemours, Abd-El-Kader traversa le champ de bataille de Sidi-Brahim. Arrivés au pied du marabout… » « … les officiers mirent sabre à la main, les chasseurs portèrent les armes, les clairons sonnèrent aux champs, nos fanions s’inclinèrent. « Qu’est cela, dit l’émir ?  » On lui répondit :  » C’est l’hommage rendu au courage des nôtres, le jour où Dieu te donna la victoire.  » De là à Nemours, l’émir ne dit plus un mot… »

L’émir « sous l’escorte de quelques chasseurs d’Afrique, arriva le soir à Nemours, où sa famille l’attendait déjà, et où le général Lamoricière arrivait en même temps que lui, escorté par les cavaliers réguliers qui venaient de se rendre… »

« A peine rentré, le général de Lamoricière alla rendre visite à l’Emir, qui lui fit présent de son yatagan. »

Abd-El-Kader passe sa dernière nuit sur le sol algérien à Djemmâa-Ghazaouet.

L’Emir « monta sa dernière jument, blessée comme lui, et s’avança, suivis de quelques serviteurs, vers le logis du duc d’Aumale. Avant d’y arriver, il mit pied à terre et marcha, conduisant sa monture par la bride, comme faisaient les Arabes qui venaient se soumettre. » Et sa soumission se réalise quand Abd-El-Kader offre au duc d’Aumale sa jument.

Le 24 décembre 1847, Abd-El-Kader embarque sur l’Asmodée à Oran. Il est avec son entourage, femmes, enfants, vieillards et blessés. C’est-à-dire 90 personnes dont sa mère, Lalla Zohra, ses trois femmes, ses enfants et ses derniers khalifats fidèles.

Enfin, pour terminer avec la reddition d’Abd-El-Kader, je vous laisse le soin d’apprécier l’histoire locale très sympathique et plutôt humoristique transmise de génération en génération :

« A priori, le général Lamoricière aurait fait des promesses à Abd-El-Kader que le duc d’Aumale confirma. Mais la petite histoire dit qu’entre Abd-El-Kader et le Duc d’Aumale une sorte de traité aurait été signé. Le duc d’Aumale serait allé voir Abd-El-Kader avant son départ pour lui demander de lui rendre le document en question ; Abd-El-Kader, fine mouche, aurait caché ce traité dans sa babouche, et aurait dit qu’il l’avait perdu et qu’il ne savait pas où il l’avait mis dans l’effervescence du départ.

On sait que le Roi et la Chambre refusèrent d’entériner l’accord passé par le duc d’Aumale, mais il n’en demeure pas moins que beaucoup étaient au courant de ce document.

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