ABDER ZEGOUT : «Je suis un poète berbère d’expression française»

Abder Zegout est un poète algérien, originaire d’Ifigha dans la wilaya de Tizi Ouzou. Depuis 1999, il vit à Paris où il a publié pas moins de onze livres de poésie.

Il vient tout juste d’en publier un douzième aux Editions l’Harmattan. Intitulé Réminiscence, l’ouvrage de Abder Zegout parle de la vie sous toutes ses facettes. Il nous en parle dans cet entretien.

L’Expression: Vous venez de publier un énième livre de poésie aux éditions parisiennes l’Harmattan. Pouvez-vous nous en parler?
Abder Zegout: Merci pour cette interview, c’est avec plaisir que je réponds à vos questions. Je suis le premier Algérien qui a publié six recueils de poèmes en auto-édition (Dépôt légal, Bibliothèque nationale de France), et quatre livres publiés aux Editions L’Harmattan, qui ont obtenu une juste reconnaissance de la part des lecteurs lors des présentations. Les Editions L’Harmattan ont constaté mes efforts personnels quant à ma participation dans les cafés littéraires, le Marché de la poésie, le Salon du Livre, les soirées poétiques, etc. Les Editions L’Harmattan sont un carrefour de cultures internationales et elles sont présentes non seulement en France mais dans le monde entier.

Depuis une décennie pratiquement, vous publiez un recueil de poèmes par an. Comment expliquez-vous cette persévérance de votre part et cette frénésie au moment où la poésie perd de plus en plus de terrain partout à travers le monde ?

Je ne suis pas d’accord avec votre analyse: la poésie n’a pas perdu du terrain en France où ont toujours existé des groupes et des journaux de poètes. Actuellement, on écrit de plus en plus de poèmes et pour beaucoup c’est un plaisir et une joie de composer des vers et de les lire. En effet, en France, ce sont plus de 50 000 oeuvres poétiques qui sont éditées. Je rencontre plusieurs centaines de poètes, chaque printemps, au Marché de la Poésie qui se trouve place Saint-Sulpice, dans le VIe arrondissement de Paris, qui arrivent des quatre coins du monde.

Est-ce que vous pouvez revenir sur vos premiers pas en poésie, il y a de cela bien des années ?

Oui, tout est possible, je me rappelle bien de mon premier recueil de poèmes intitulé «Vivre pour l’amour», puis «Le coeur raconte», édités à compte d’auteur. Les espaces n’existaient pas et j’ai vendu dans les bus, à Tizi, Alger et sur les plages de la Kabylie. Il y a de quoi écrire sur cette réalité.

J’étais comptable principal dans une entreprise publique quand j’ai commencé à publier dans le journal francophone algérien L’Horizon des poèmes et des nouvelles.

C’est alors qu’un ami journaliste m’a soufflé à l’oreille le mot «édition».
Il a ainsi élevé mes poèmes vers la concrétisation de la réalisation tout en les aidant à faire un voyage magique et merveilleux.

Est-ce qu’on peut dire que vous êtes un poète exilé?

Non, je n’ai jamais quitté Ifigha en pensée, ni la Kabylie, ni mon Algérie qui pleure ses enfants chéris.A Paris, on peut aussi à tout moment se voir et se revoir dans des lieux aux couleurs somptueuses. Le titre de l’un d’elles peut vous convaincre pour une journée entière : «Abder et ses amis».
Maintenant, à nouveau, près de mon village que j’aime, ma mère, mes amis d’enfance, mes anciens collègues, beaucoup de grâce et de bonheur, tournent autour d’eux.
A la fin, je suis sûr de moi, j’entends ce que je vois. Je suis tranquille et je n’ai rien à craindre pour les années à venir.

Vivre dans un pays étranger, peut-il constituer une grande source d’inspiration pour un poète ?

S’installer en France, vivre à Paris, le rêve! Je débarque dans la cour de l’écriture, loin de me douter de ce qui m’attend: poète connu, lu par bien des personnalités politiques, intellectuelles, culturelles. Mon image donne de la dignité à mon personnage. Je suis plus étranger chez mes frères kabyles de mon village que chez les amoureux des rimes.

Avez-vous des difficultés à éditer vos livres chez l’Harmattan ?

Non, je n’ai pas eu de difficulté particulière à être édité aux Editions L’Harmattan. J’ai un style proprement dit, un lieu littéraire et je suis poète d’abord, et avant tout, Abder, un être humain comme chacun d’entre nous, avec sa vie, ses sentiments, ses espoirs, avec ses difficultés et ses ambitions. Comprendre cela, vivre, c’est rendre utile notre existence.

Depuis votre premier recueil de poèmes, publié en Algérie, vous n’écrivez qu’en langue française, jamais en tamazight. Pourquoi ce choix pour le français ?

Je parle le kabyle, je suis Algérien, heureux de ma présence amazighe mais mes lecteurs sont en France et, en nombre, français. Par ailleurs, mes frères n’achètent pas, en général, de livres. Peu de personnes en France lisent le kabyle, encore moins le berbère.

Francophone moi-même depuis mon enfance, il est normal, me semble-t-il, de rendre hommage à ceux qui m’accueillent et m’apprécient. Merveilleuse langue de Voltaire et de Victor Hugo, entre autres, qui rayonne de mille feux.

Vous sentez-vous aussi exilé dans la langue française?

Je ne suis pas exilé dans la langue française qui représente tout un monde culturel. Il est naturel de dire que ma vie est portée vers la terre berbère, l’Algérie. Je lis Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun, Rachid Mimouni, Kateb Yacine.
Mots d’un peuple, peuple de mots…

Il est certain que d’année en année, un poète s’améliore et aiguise sa plume. Qu’en est-il de vous ?

Tout au long de ma vie littéraire je promène sur le temps un regard curieux, jaloux et passionné. Je témoigne à ma manière, je sais que l’évolution passe par la connaissance en luttant contre l’ignorance.
Je laisse les autres dire ce qu’ils pensent de moi.

Quoi de plus agréable que d’écrire un poème dès le matin ? Lisez-vous régulièrement les poètes français et quels sont vos préférés ?

Oui, je lis régulièrement les poètes algériens, les poètes classiques et contemporains français ainsi que d’autres de divers horizons.

Pouvez-vous nous parler de la vie d’un poète kabyle qui vit à Paris: comment se déroulent vos journées et comment êtes-vous perçu ?

Ma vie est la vie de tout le monde, des hauts, des bas, la joie, la solitude… imaginez-la!

Par Aomar MOHELLEBI l’EXPRESSION – Mardi 10 Janvier 2012

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