par Belbachir Djelloul - Quotidien d'Oran 12.10.08
«Avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler mais ce n’est pas le silence». (René Char)
La petite bourgade préhistorique de Djemaâ Sekhra - l’homme primitif a habité dans l’une de ses cavernes - vient de sortir du silence depuis le paléolithique puisqu’elle vient d’organiser une journée des plus ambitieuses autour d’une figure emblématique de la Révolution, Si Rachid, un enfant du terroir qui écuma toute la région Ouest de 54 à 62.
Mosteghanemi Ahmed, plus connu sous le nom de guerre de Si Rachid, aura fait l’objet de plusieurs conférences et témoignages, venus parfois de très loin, tel Hadri Abdelaziz, historien et frère d’armes qui insistera sur son parcours politique durant la colonisation mais aussi ses douleurs pour que le pays sorte du joug de la colonisation. Il évoquera d’autres frères d’armes qu’il a eus à ses côtés, tels le capitaine Taleb Abdelwaheb, Sayah Missoum, Si Slimane, Si Djamel Aggab, Aïdouni Mohammed, Bourak et beaucoup d’autres encore du MTLD qui ont combattu sous ses ordres, mais qui étaient avant tout ses disciples.
La biographie de Si Rachid sera relatée par le Pr Khellidj Omar, principal organisateur de cette journée commémorative. Si Rachid est né en 1915, dans le hameau de Djemaâ Sekhra, dans la daïra de Ghazaouet. Très jeune, il connaîtra les nattes en alfa de l’une des plus vieilles mosquées du pays, dont le village porte le nom et où il recevra une éducation fortement religieuse qui affûtera sa personnalité. Il deviendra agriculteur puis adhérera au parti de l’Etoile Nord-Africaine, ce qui parfera sa nature politique. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il sera enrôlé de force et envoyé au front. Il sera fait prisonnier, blessé par les nazis et ne connaîtra la liberté qu’à la fin de la guerre. Mais il restera en France en tant qu’ouvrier, poursuivant son engagement politique contre le colonialisme, sensibilisant les ouvriers et les étudiants maghrébins pour unifier leurs rangs et libérer leur pays du joug colonial. Il arrivera à constituer un commandement politique en coordination avec Abdelkrim El-Khatab du Maroc, Salah Benyoucef et Ferhat Hachad de Tunisie, ainsi que Messali Hadj, Ahmed Benbella, Mohammed Boussouf et Aït Ahmed.
M. Khellidj Omar s’étalera longuement sur son retour en 1948 en Algérie, où on lui conféra des responsabilités au sein du PPA, puis au MTLD dans l’orientation, la sensibilisation et l’organisation des partisans et des sections des rangs de l’ALN et de l’OS dans la préparation du déclenchement de la révolution armée dans la région de l’Oranie. Il conduira en 1953 à Nedroma les événements sanglants des manifestations de solidarité avec le peuple marocain contre l’exil du roi Mohammed V. «Ce sont les femmes de Djemaâ Sekhra qui ont combattu avec des pierres l’armée française ce jour-là», dira M. Khellidj Omar sous des youyous bien appuyés de quelques vieilles moudjahidates venues commémorer l’anniversaire de la mort de leur héros, mais aussi de tous les moudjahidines du pays. Il achèvera en compagnie de Larbi Ben M’hidi le découpage et la structuration des zones de la wilaya 5. C’est à partir des djebels de la région ouest qu’il agencera, lors de la Révolution armée, en compagnie de Larbi Ben M’hidi, Abdelhafid Boussouf, Ben Abdelmalek Ramdane, Rabah Bitat et beaucoup d’autres ses assauts contre l’armée française et ses équipements stratégiques.
En outre, en bon connaisseur du Maroc et de son relief, de sa nature et de ses bonnes relations avec son peuple, il concourra à la coordination et l’entraide dans le combat commun entre le commandement de la révolution algérienne et la lutte marocaine puisqu’il participera matériellement et moralement à la lutte pour le retour du Roi sur son trône.
D’autres missions lui seront attribuées, notamment le commandement des frontières algéro-marocaines et leurs bases arrière au Maroc, en qualité de membre du commandement de la Wilaya 5 depuis sa création. Il jouera un rôle prédominant dans la crise de 1962 dans l’unification territoriale et populaire durant la période transitoire ainsi que la constitution du référendum populaire. A l’indépendance, il sera élu premier secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine. Il décédera le 26 décembre 2006.
M. Bendaoud Ahmed, historien, notera dans son intervention la présence de M. Mosteghanemi Ahmed lors du 1er séminaire sur l’écriture de l’Histoire nationale pour défendre l’idée du déclenchement de la Révolution à l’échelle nationale.
La journée s’achèvera autour des vestiges de la maison de M. Mosteghanemi Ahmed, qui sera reconstruite à l’initiale et édifiée en Musée de la Guerre et bibliothèque regroupant tous les écrits de la région sur la Révolution algérienne, aux frais d’Alzinc, selon les déclarations de son P-DG, M. Kadi Mohammed, avec la collaboration des APC de Tient et Ghazaouet. Cette initiative, si elle venait à se réaliser, serait d’un bon apport pour Djemaâ Sekhra qui sortira totalement de l’anonymat dans lequel elle se trouve depuis la nuit des temps.