«Cette envie de pousser les portes quand elles se ferment». «On me recevait par courtoisie, raconte-t-elle. Mais on me répondait toujours qu'il fallait un profil de sous-préfet issu de l'ENA (Ecole nationale d'administration)». Sauf qu’en 2005, les émeutes de banlieue changent la donne. Et une nouvelle fonction dédiée à la lutte contre les discriminations voit le jour : les préfets délégués à l'égalité des chances. Le 3 juin dernier, le gouvernement annonce sa nomination.

Ce jour-là, Fatiha Benatsou pense d'abord à sa mère, qui lui a donné « ce souffle et cette envie de pousser les portes quand elles se ferment ». Ses 17 premières années, elle les a passées dans le bidonville d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) d'où, dit-elle, « les femmes ne sortaient que pour accoucher ». Un passé à la Zola qu' elle lit alors le soir pour se« rassurer» et dont elle a tiré Le Rêve de Djamila (Ed. Robert Laffont). Celui d'une enfance dans un «taudis insalubre » de 15 m2, sans eau ni électricité, partagé avec ses sept frères et sœurs, et des parents kabyles analphabètes, arrivés en France dans les années 1950 pour travailler, «Une histoire française» qui l'émeut quand elle en parle. Après la disparition de sa mère à 32 ans, elle doit s’occuper de sa famille et quitter l'école.

A 17, son père décide de la marier. Après quelques années de « femme docile », cette mère de deux enfants annonce à son mari qu’elle va suivre des cours du soir après son travail. Elle enchaîne les petits boulots et un patron influent finit par lui « faire confiance ». Elle devient son attachée de direction.

«J’ai eu beaucoup de chance, explique-t-elle. Un boulevard s’est ouvert ». Elle obtient un master en ingénierie des affaires à l’Ecole polytechnique féminine, se constitue un réseau, gagne de l’argent et change d’univers. En retour, elle décide de faire confiance à ceux qui ne sont pas nés du bon côté du périphérique. En Seine-Saint-Denis, elle monte les premiers forums emploi. «Un engagement de trente ans » qui lui vaut d’être repérée. En 2004, Jacques Chirac la propulse au Conseil économique et social. Cette adversaire de la discrimination positive y défend les thèmes qui lui tiennent à cœur, comme la lutte en faveur des jeunes et des femmes dans les quartiers. Ce qu’elle continuera à faire à la préfecture du Val d’Oise pour, dit-elle, « donner envie de croire en la République ».

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